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Danser sur un volcan

Danser sur un volcan

Jusqu’au 24 février 2019, la Fondation Cartier propose une plongée dans l’abstraction géométrique d’Amérique latine, de la période précolombienne aux productions les plus contemporaines. Focus sur Freddy Mamani Silvestre, l’un des architectes les plus prisés en Bolivie.

Danser sur un volcan, ou presque. Plus exactement, sur l’Altiplano, ce haut plateau aride perché à plus de 4 000 mètres d’altitude, au cœur de la cordillère des Andes. À El Alto, en Bolivie, on danse à l’envi. Dans cette ville juchée à l’ouest de La Paz, la capitale, un architecte haut en couleur, Freddy Mamani Silvestre, 46 ans, s’évertue, depuis une douzaine d’années, à construire des bâtiments ô combien originaux. À commencer par leur look : bariolé à souhait. La plupart de ces constructions recèlent surtout une pièce peu commune : une... salle de bal. Déployée sur deux étages – les 2e et 3e niveaux de l’édifice –, celle-ci comprend une mezzanine et l’incontournable piste de danse dédiée aux activités folkloriques. Un lieu essentiel en Bolivie : en effet, “la grande majorité de nos concitoyens adore le folklore”, assure l’architecte, lui-même d’origine aymara, à l’instar de l’actuel président bolivien, Evo Morales.

Rien qu’à El Alto, Freddy Mamani Silvestre a déjà érigé plus d’une vingtaine de ces “salón”, aux noms aussi délicieux que La Joya (“le bijou”), Estrella de Oro (“étoile d’or”), Gran Roma (“grande Rome”), Flor de Urkupiña (“fleur d’Urkupiña”) ou El Tren Diamante (“le train diamant”). La raison de cette poussée subite de dance floors andins ? La fierté indigène, une réalité en augmentation suite à l’arrivée au pouvoir, en 2006, d’Evo Morales, premier chef d’État à avoir affirmé son ascendance amérindienne. Depuis, les immeubles signés Mamani Silvestre ont fleuri à vitesse grand V, à El Alto en particulier, mais aussi dans d’autres grandes villes du pays. On en compte aujourd’hui plus d’une centaine.

Leur agencement suit toujours à la lettre les mêmes principes définis par l’architecte. Au rez-de-chaussée, les magasins ; aux niveaux élevés, les logements ; et entre les deux, l’espace phare du bâtiment, en l’occurrence la salle de bal ou “salón de eventos”. À l’instar des façades extérieures, l’aménagement intérieur est d’un kitsch assumé doublé d’un spectaculaire chromatisme. La passion de Freddy Mamani Silvestre pour la couleur lui vient des textiles andins et, en particulier, des jupes revêtues par les cholas, ces femmes portant des vêtements traditionnels. À l’image de ces savoir-faire typiques, il n’hésite pas à juxtaposer des couleurs complémentaires, tels l’orange et le vert, le bleu et le jaune. Les formes géométriques, elles, s’inspirent des ruines de Tiahuanaco, fameux site archéologique situé sur la rive sud du lac Titicaca et épicentre de la civilisation précolombienne éponyme.

Freddy Mamani Silvestre procède toujours en deux étapes. D’abord, il conçoit la structure, de béton et de briques, calculée entièrement avant le chantier ; ensuite, le dessin final et la décoration, souvent achevés in situ, directement avec les ouvriers. Résultat : les couleurs sont pimpantes, sinon criardes, les plafonds, truffés de stuc ou de staff, les colonnes, ornées de motifs géométriques à foison. S’y ajoutent – cerises sur la palette – des ribambelles de miroirs, de diodes électroluminescentes et autres chandeliers opulents, importés de Chine. Bref, une ornementation extravagante, à mi-chemin entre un postmodernisme vernaculaire et un parangon du “hangar décoré” cher aux architectes américains Denise Scott Brown et Robert Venturi, dans leur célèbre essai 'Learning from Las Vegas' (éd. MIT Press, 1972). Un style que d’aucuns ont tôt fait de baptiser de “néo-andin”.

Les propriétaires, eux, sont souvent issus des rangs de la nouvelle bourgeoisie aymara, et leurs édifices symbolisent leur réussite. Conçue à la fois pour l’amour de l’art – la danse –, mais aussi, plus trivialement, pour faire des affaires, la présence de la salle de bal obéit à un objectif simple : la location, qui, telles les boutiques ou certains logements, fait partie intégrante d’un écosystème. “Cette typologie se répète pour une raison très précise, souligne Freddy Mamani Silvestre, ces édifices sont construits ainsi parce qu’ils sont ‘auto-durables’, c’est-à-dire qu’ils génèrent leur propre argent.” Il faudrait donc lire cette exubérance constructive moins comme la traduction d’un formalisme égocentrique que comme un reflet flamboyant du contexte socio-économique qui l’a façonnée.

Freddy Mamani Silvestre fait partie de la cinquantaine de créateurs présentés par la Fondation Cartier dans la grande exposition estivale intitulée Géométries sud, du Mexique à la Terre de Feu, laquelle célébrera, du 11 juillet 2018 au 6 janvier 2019, “la diversité et la vibration des motifs géométriques et des structures qui peuvent être trouvées dans l’art américain latino”. Pour l’occasion, l’architecte bolivien transformera la grande aile du rez-de- chaussée en gigantesque... salle de bal.

Géométries Sud, du Mexique à la Terre de feu, jusqu’au 24 février 2019 à la Fondation Cartier.

 

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